Liminaire
Métaphysique de l’échoppe bordelaise
Si l’on devait choisir un symbole de la mémoire de la ville, ce serait « la ville basse » que constitue l’échoppe avec sa typologie binaire obsessive et ses quartiers figés. L’autre face d’une même médaille historique et de prestige.
Dans cette période significative qui s’est imposée, politique et urbanistique, – des HBM de la Troisième République (« La rue Jean Dollfus expérimentale », 1894) au classement de l’Unesco en 2007, (La ville de pierre) , l’analyse des documents souvent inédits et témoignages écrits sur la petite maison paradoxale – patrimoniale et contemporaine à la fois – révèle l’épaisseur, la dimension « charnelle » de la ville vécue – et de ses quartiers à l’atmosphère si particulière.
Dans un article de 1986, l’historien de l’Art Robert Coustet, synthétise le concept de l’échoppe bordelaise dans sa formule » La ligne et l’esprit » (Gironde magazine « Bordeaux une civilisation en vue »), celui d’un module archaïque mais néanmoins élégant, porté à la dimension architecturale et prospective dès les années 1980.
Les biennales et concours d’architecture Agora 2004 et 2006 en couronnent la reconnaissance, sous l’impulsion d’un mouvement associatif déterminé et d’une mobilisation politique attendue.
par Anne Gala
(modifié le 24 novembre 2024)
Préambule
L’échoppe, c’est un concept – « Les échoppes », un paysage, une ville, une mémoire – Bordeaux.
Pour compléter des occurrences et publications sur l’échoppe bordelaise qui se chevauchent et s’oblitèrent inévitablement, notre Historiographie sur l’échoppe -les échoppes bordelaises (2018-2021, 460p., 2 vol, ill ) apporte un éclairage nouveau sur le sujet: «Évolution du regard porté sur l’échoppe bordelaise du XIXe au XXIe siècle ( 1892-2007 )».
Textes, documents, évènements significatifs constituait notre corpus d’étude chronologiquement, de « La ville invisible » du Second Empire/ IIIème République à « La Ville de pierre » contemporaine, ; et de “la construction de second ordre” des théoriciens de l’architecture de la fin du XIXe siècle à « l’architecture savante » des Biennales d’architecture Agora 2004 et 2006.
Introduction
L’échoppe fut tantôt escamotée sinon méprisée, tantôt encensée.
Notre étude en parachève une précédente engagée en histoire de l’art en 1982, à des articles publiés dans la presse régionale ( 1983-1986 ) eux-mêmes suivis d’engagements associatifs en 2002 « L’Éxception échoppes, mutations et prospectives»; à cette date, sous l’autorité d’Alain Juppé ( 1945-.) – la Communauté urbaine de Bordeaux réaménageait les territoires de la future métropole et déterminait son Plan local d’urbanisme ( PLU ) ( 1997-2006 ). Fondatrice de L’Exception Échoppes, nous demandions une règlementation de protection patrimoniale spécifique « échoppes » afin de canaliser les extensions et adaptations nécessaires à la vie familiale contemporaine, et qui fut obtenue en 2006 ( zonages Ume et Umep à forte et très forte protection ).
La presse locale s’en faisait l’écho » L’échoppe à sa juste taille »lors des Journées du patrimopine de 2004 (Willy Dallay, Sud Ouest , 17 septembre).
Notre propos d‘aujourd’hui se resserre autour de deux études de Pierre Barrière ( 1922-2011 ) «Les Quartiers de Bordeaux » ( éditions Cocharaux,1956 ) et de « La fin du cycle de l’échoppe » (Bordeaux au XXe siècle, éditions Delmas, 1972 ), précédées de la « Genèse d’un sujet scientifique ».
Cet article suite à notre étude complète au sein de notre mémoire, des travaux du géographe sur Bordeaux, le contexte maraîcher et les origines rurales de l’échoppe.
Objet politique, sujet épidermique, l’étude de l’échoppe révèle des thèmes transversaux qui traduisent une sensibilité particulière des Bordelais à la petite habitation, à l’intérêt que lui réservent architectes et urbanistes au cours de son histoire, ainsi que les politiques publiques qui l’instrumentalisent au gré des ambitions territoriales. Sa capacité d’adaptation au cours des générations en fait un sujet toujours moderne sinon à l’avant-garde de l’habitat et des préoccupations de son temps, sociales, architecturales et écologiques.. Dans un paysage urbain d’exception ainsi constitué, une mythologie se construit.
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